dimanche 5 février 2017

Recension : Le prix d'Israël par Gershom Scholem

Scholem éditions Beauchesne
Gershom Scholem
(1897-1982)

Les éditions de l’éclat ont la bonne idée de republier dans leur collection de poche Le prix d’Israël de Gershom Scholem.  Ce livre, initialement paru en 2003, recueille quatorze essais politiques (sous forme de lettres, d’articles ou de discours) que le grand philosophe et historien du judaïsme écrivit entre 1919 et 1974. Il permet de saisir tout à la fois l’évolution et la constance de la pensée politique de celui qui consacra son existence à redécouvrir et à faire connaître la kabbale et, plus généralement, la mystique juive. Plus encore, il permet de mieux comprendre, par le prisme politique, la personnalité complexe d’un des grands intellectuels du XXe siècle[1]

Chez Scholem prédomine l’idée que l’héritage culturel, et donc religieux, doit irriguer les concepts sociaux et politiques. D’où découle un sionisme qui, visant bien au-delà de la simple création d’un État, est vécu comme un ressourcement culturel sur une terre réelle[2], un mouvement de renaissance du peuple juif :

« Si le rêve du sionisme est fait de chiffres et des “frontières“, et s’il ne peut pas exister sans cela, eh bien il est voué à l’échec, ou plus exactement il a déjà échoué. Et même si les mots “esprit“ et “force intérieure“ sont devenus aujourd’hui objets de raillerie et de dérision dans le camp sioniste, nous devons dire clairement et redire encore que s’il est vrai que le travail du sionisme dans la réalité est un travail externe, un travail de chiffres, le rêve attaché à cette réalité est d’une autre nature. »[3]

Si l’actualité de ces textes pourtant anciens est frappante, c’est parce que Scholem voit au-delà des faits et qu’en abordant les problèmes de son temps, il convoque les questions qui se posent symboliquement depuis toujours au peuple juif et aujourd’hui même, à la société israélienne, comme à la diaspora.

Pour en savoir plus : 

Scholem le prix d'israël éditions beauchesne
256 pages, 9 euros






[2] À ce sujet on se reportera également à l’autobiographie de Scholem, De Berlin à Jérusalem, éd. Albin Michel, 1984. Sur la dissociation, possible ou non, de l'antisémitisme et de l'antisionisme, on conseillera la lecture d'Un chrétien pour Israël, de Jacques Ellul, tout particulièrement la troisième partie du premier chapitre. Jacques Ellul, Le défi nouveau, Oeuvres théologiques 1948-1991, éd. La Table Ronde, 2006, p. 797-811.
[3] Gershom Scholem, Le prix d’Israël, éd. de l’éclat, 2003, p. 54.

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