vendredi 3 mars 2017

Ouvrage de référence : Proudhon par Pierre Haubtmann

Biographie Proudhon par Pierre Haubtmann éditions Beauchesne
Proudhon et ses enfants par Gustave Courbet (1865)

Plus de 150 après sa mort, l’œuvre de Proudhon ne cesse d’interroger. Celui qui fut l’un des premiers grands théoriciens du socialisme et de l’anarchisme, était aussi un grand écrivain, soucieux du style et un autodidacte érudit. Profondément opposé à la religion, Proudhon n’en a pas moins inspiré nombres de grandes figures chrétiennes. Citons, entre autres, Charles Péguy, Simone Weil ou encore Henri de Lubac qui écrivait très justement à son sujet : « Proudhon est un grand excitateur de la pensée, et son actualité n'est pas près de s'évanouir, parce qu'elle est celle du penseur qui, sans nous détourner — bien au contraire — de nos tâches terrestres, nous oblige à réfléchir avec lui sans fin sur les problèmes éternels. »[1] Et c’est encore à un chrétien, et qui plus est un évêque, que l’on doit la plus importante biographie qui lui fut consacrée.

Le Pierre-Joseph Proudhon : sa vie et sa pensée  de Pierre Haubtmann est l’œuvre d’une vie. Cette monumentale biographie critique – plus de 2 000 pages – fut publiée de manière posthume, en 3 volumes. Le premier couvre les années 1809-1849, a été publié en 1982 aux éditions Beauchesne. Les deux volumes suivants concernent les années 1849-1865 et ont été publiés aux éditions Desclée de Brouwer en 1988. Ils sont aujourd’hui malheureusement épuisés, mais l’on peut espérer que la nouvelle direction des éditions DDB ait la bonne idée de les rééditer.

Lors de sa parution chez Beauchesne, le premier volume de cette biographie a été accueilli par la critique en des termes élogieux. Alexandre Marc écrivait: « Aucun proudhonien ne pourra plus se passer de ce livre monumental, porté par une connaissance incomparable de la vie, de l'action et de l'œuvre publiée ou inédite de Pierre-joseph Proudhon. Je dis bien incomparable, au sens précis du terme. » Antoine Lion parlait quant à lui d’une « thèse immense et magistrale » avant de conclure sa recension ainsi : « C’est clair : nul ne pourra plus entreprendre des études proudhoniennes sans avoir franchi le seuil épais de ce grand livre. »[2]

Cet accueil était la juste récompense d’un labeur qui occupa durant près de trente ans son auteur. Pierre Haubtmann découvre Proudhon en 1942 et souhaite présenter une simple synthèse philosophique de la pensée proudhonienne. Mais il comprend bien vite que la compréhension de cette pensée ne peut se dispenser d’une connaissance profonde de l'homme lui-même. Grâce à l'amitié qui le lie aux descendants de Proudhon, à sa fille en premier lieu, Haubtmann a accès à tous les manuscrits inédits du philosophe. Dès lors, il ne cessera de mettre à profit cette manne pour mieux faire connaître l’œuvre de Proudhon.

De prime abord, on pourrait se demander ce qui a poussé un ecclésiastique à consacrer tant de temps à un penseur agnostique et anticlérical tel que Proudhon. La réponse se trouve certainement dans l’amour qu’Haubtmann portait à la justice et à l’égalité, amour qu’il retrouvait évidemment dans l’œuvre du philosophe au sujet duquel Simone Weil écrivait : « L’idée fondamentale, en Proudhon, est que la moindre société entre les hommes suppose l’égalité. »[3]

Pierre Haubtmann : jalons biographiques et bibliographique


Né à Saint-Étienne en 1912, ordonné prêtre en 1936 après avoir mené ses études ecclésiastiques à Rome, Pierre Haubtmann était un intellectuel distingué. Durant le concile, il est, à la demande du Pape, le maître d’œuvre de la constitution pastorale l’Eglise dans le monde de ce temps[4]. Il est ensuite nommé recteur de l’Institut Catholique de Paris[5], poste qu’il occupera de 1966 à 1971. Parallèlement à ces activités nombreuses, Pierre Haubtmann consacre donc  une grande part de son existence à étudier l’œuvre et la vie de Proudhon. Au contraire de ce dernier, Haubtmann n’avait rien d’un autodidacte. Qu’on en juge : Docteur ès lettres, docteur en philosophie scolastique, docteur en sciences sociales et enfin docteur en théologie, toutes ses thèses furent consacrées à Proudhon. Le 6 septembre 1971, Pierre Haubtmann se tue accidentellement dans la Hague, en glissant sur les falaises près du nez de Jobourg. La plus grande part de son œuvre sera publiée de manière posthume.

Liste des œuvres que Pierre Haubtmann consacra à Proudhon :


Marx et Proudhon, leurs rapports personnels, 1844-1847, éd. Economie & Humanisme, 1947.

P.-J Proudhon, Genèse d’un antithéiste, éd. Marne, 1969.

La Philosophie sociale de P.-J. Proudhon, éd. Presses Universitaires de Grenoble, 1980.

Proudhon, Marx et la pensée allemande, éd. Presses Universitaires de Grenoble, 1981.


Proudhon : sa vie et sa pensée 1849-1865, tome I (1849-1855), tome II (1855-1865), éd. Desclée de Brouwer, 1988.

Notons également que Pierre Haubtmann édita quelques textes de Proudhon :

Carnets de P.-J. Proudhon (tomes 1 à 4), éd. Marcel Rivière, 1961 à 1974, 4 vol., rééd. sous le titre Carnets (1847-1851) aux éd. Les presses du réel, 2005.

Pierre-Joseph Proudhon, Lettres à sa femme, éd. Grasset, 1950.

Pour en savoir plus, 

il suffit de cliquer sur le livre ci-dessous :


Biographie de référence Proudhon
1 140 pages, 89 euros





[3]Simone Weil, Œuvres complètes, vol. I, Premiers écrits philosophiques, éd. Gallimard, 1988, p. 252. 
[4] Pour avoir un rapide aperçu de son rôle au cours du concile de Vatican II, on peut se référer à la notice qui lui est consacrée au sein du Dictionnaire des théologiens, éd. Bayard, 1998. Pour aller plus avant on pourra consulter en ligne l’article de Philippe Bordeyne, « Mgr Pierre Haubtmann (1912-1971) : un théologien de la communication de la foi », Transversalités, 4/2010 (N° 116), p. 127-149.
[5] Au sujet du rôle de Mgr Haubtmann à l’Institut Catholique on se référera au Livre du centenaire, 1875-1975, éd. Beauchesne, 1976, p. 20-22 et 171-191.

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