jeudi 6 avril 2017

Historicité de Jésus : Bernard Pouderon répond aux allégations de Michel Onfray



Bernard Pouderon est professeur de littérature grecque tardive à l’Université François-Rabelais de Tours et membre senior de l'Institut universitaire de France (chaire « hellénisme et christianisme »). Auteur de plusieurs ouvrages ou éditions critiques sur les premiers Pères grecs, il a dirigé, entre autres, le volume Premiers écrits chrétiens paru dans la bibliothèque de la Pléiade en 2016 (en collaboration avec Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini) et les trois premiers tomes d'une Histoire de la littérature grecque chrétienne (Paris, Les Belles Lettres, 2016 et 2117, en partie en collaboration avec Enrico Norelli). Il a bien voulu nous confier ici une version inédite et augmentée d’un article universitaire paru dans le numéro d'avril de la revue Codex (n°3), p. 104.


Historicité de Jésus : pour en finir avec la négation historique et les « fake news »
À propos du récent ouvrage de Michel Onfray, Décadence


            Je vais me faire ici le porte parole d'un homme qui a été persécuté, puis exécuté pour ses opinions, un homme qui a souffert pour ce en quoi il croyait, pour celui qu'il disait être son Père, un Juif qui a aimé son peuple, un maître qui a prôné l'amour et la paix : flagellé, couvert de crachats, moqué, et finalement pendu au bois d'une croix. Ne mérite-t-il pas qu’on n’efface pas son souvenir ?
            Pourtant, de cet homme, certains ont jugé bon de nier l'existence, pour on ne sait quelles raisons. Parmi eux, un philosophe chéri des médias, Michel Onfray, dans son dernier ouvrage, Décadence (p. 45)[1], devenu prétexte sur la « toile » à des fake news dont l'irréflexion ou l'ignorance laissent parfois perplexe… Je ne juge pas ici Michel Onfray responsable de ces égarements, non plus que je ne le critique en tant que penseur et philosophe, dans la mesure où je suis bien incapable d'apprécier son originalité et où je refuse de porter de jugement en dehors de ma spécialité, les lettres chrétiennes, mais en tant que l'historien qu'il veut être du premier christianisme. Ces textes chrétiens des deux premiers siècles, ceux de leurs adversaires, tant juifs que païens, je les connais fort bien, pour les avoir étudiés depuis plus de trente ans et en avoir co-dirigé la publication dans le volume Premiers écrits chrétiens, paru tout récemment dans la Bibliothèque de la Pléiade.
            Que nous disent-ils, ces textes ? Qu'un certain, Jésus, appelé Christ, frère de Jacques, a enseigné en Galilée, a « prophétisé », c'est-à-dire s'est fait le porte-parole de son Dieu, s'est de tout évidence opposé aux milieux sacerdotaux du Temple et à certains des docteurs de la Loi (ceux que les évangiles qualifieront plus tard de « scribes et pharisiens »), a été arrêté, jugé et condamné à la croix.
            De ces événements, il existe des témoins et des indices concordants. Pour la commodité de notre démonstration, nous les classerons en preuves positives (des témoignages anciens) et en preuves négatives (arguments qualifiés d'ex silentio par la rhétorique), qui réfutent par l'absurde la thèse de la non-existence de Jésus.

Les preuves positives

le testimonium flavianum

            Aussi étrange que cela peut paraître, je ne m'arrêterai pas sur les évangiles, non pas qu'ils ne soient pas dignes de créance, si du moins l'on admet que leurs rédacteurs  interprètent les événements à la lumière de leur foi, mais parce que, comme le fait justement remarquer Justin de Naplouse dans son Dialogue avec le juif Tryphon, 32, 2 (vers 160), on ne peut, dans un débat, tirer d'argument qui ne puisse être contesté qu'à partir des textes puisés chez ses adversaires ou reconnus par eux, et que par ailleurs leur « historicité  » a été largement étudiée par de meilleurs spécialistes que moi. Je me contenterai donc de renvoyer au récent ouvrage de John Paul Meyer, Un certain Juif : Jésus. Les données de l'histoire (trad. fr.), Paris, Le Cerf, 2004, et de rappeler l'ancienneté des premiers écrits qui mentionnent Jésus : la plus ancienne des lettres de Paul, la première Épître  aux Thessaloniciens,  a été rédigée vers 50/51, à une époque où le souvenir de Jésus était encore vivace, et où une falsification du personnage paraît quasiment impossible à l'adresse d'une communauté au sein de laquelle les Juifs étaient nombreux, et certains d'entre eux fortement hostiles à l'apôtre (Ac 17, 1-9). À titre de comparaison, la Vie d'Apollonios de Tyane, célèbre philosophe et thaumaturge contemporain du Christ, mis plus tard en concurrence avec lui en milieu païen, a été rédigée par le sophiste Philostrate seulement au début du IIIe siècle, alors que les témoins avaient disparu depuis longtemps. Nous nous arrêterons donc sur trois seuls documents, deux d'origine juive, le troisième d'origine « païenne ».

            Le premier, le plus fameux, connu sous le nom de testimonium flavianum, se trouve chez l'historien juif Flavius Josèphe, né selon toute vraisemblance à Jérusalem, vers 37/38, et donc strictement contemporain des témoins oculaires du ministère de Jésus. Il figure au sein des Antiquités juives, XVIII, 63-64 ; je le cite dans la traduction publiée au sein du volume Premiers écrits chrétiens.
« À cette époque paraît Jésus, un homme sage, si du moins il faut l’appeler un homme ; car il fut l’auteur de faits extraordinaires (de miracles), le maître d’hommes qui accueillaient la vérité avec plaisir, et il entraîna avec lui beaucoup de Juifs, mais aussi beaucoup de Grecs : il était le Christ [ou bien : c’était Christ : ho Christos houtos ên]. Et, sur la dénonciation des notables de chez nous, Pilate le condamna à la croix ; mais ceux qui l’avaient aimé tout d’abord ne cessèrent pas : en effet, il leur apparut après trois jours de nouveau vivant, comme les divins prophètes l’avaient dit de lui, entre autres mille merveilles. Encore jusqu’à aujourd’hui la race (fulon) des chrétiens, nommés d’après son nom, n’a pas cessé. »

            On admettra sans peine que le témoignage est trop favorable pour qu'il ne soit pas soupçonné de falsifications ou d'additions. Comme il existe, ainsi que nous le verrons, un second témoignage sur Jésus, au sein des mêmes Antiquités juives, qui corrobore cette première mention du Christ, une bonne partie des historiens admettent que le passage n'est pas une complète falsification, mais qu'il a été partiellement interpolé, et ils le ramènent à cette formulation, plus acceptable de la part d'un juif pieux tel que Josèphe :
« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage. C’était un faiseur de prodiges/miracles [un « thaumaturge »], un maître pour des hommes recevant la vérité avec plaisir ; il entraîna à sa suite beaucoup de Juifs et beaucoup d’hommes d’origine grecque. Et quand Pilate, sur une accusation des hommes les plus haut placés parmi nous, l’eut condamné à la croix, ceux qui l’avaient aimé auparavant ne cessèrent pas. Encore maintenant, la race des chrétiens, ainsi appelés d’après lui, n’a pas disparu. »

la notice sur Jacques « frère de Jésus »

            Néanmoins, on comprend que certains récusent ce témoignage, même ainsi corrigé, car le doute, une fois insinué, subsiste nécessairement. Aussi convient-il de faire appel au second témoignage, extrait du même ouvrage (Antiquités juives, XX, 197-201), qui se rapporte non plus à Jésus lui-même, mais à son frère Jaques (Jacob), traduit, nous est-il dit, devant une « assemblée de juges » à l'instigation du grand prêtre Anan (le Jeune), et condamné à être lapidé pour avoir transgressé la Loi. L'événement s'est déroulé à la fin de la procuratèle de Porcius Festus, soit vers 62. Le récit peut difficilement être suspecté de falsification ou d'interpolation chrétienne, dans la mesure où le personnage de Jacques, « frère du Seigneur », a été largement occulté par la tradition chrétienne, surtout occidentale, qui a préféré le confondre avec l'un des deux autres Jacques, disciples de Jésus : le fils d'Alphée, appelé également Jacques le Mineur, l'un des douze. Mais la question des deux ou des trois Jacques est toujours débattue…
            Quoi qu'il en soit, les traditions chrétiennes les plus anciennes concernant la mort Jacques, « frère du Seigneur  », se distinguent assez nettement du récit des Antiquités juives, et ne peuvent donc pas en être la source : au milieu du IIe siècle, Hégésippe (chez Eusèbe, Histoire ecclésiastique, II, 23), attribue la responsabilité de l'exécution de Jacques aux « scribes et pharisiens  », que semble en revanche exonérer Josèphe (« ceux des habitants de la ville qui semblaient les plus modérés et respectueux de la Loi s'en indignèrent  »), et il le dit précipité du haut du Temple par le peuple, sans jugement, dans une forme de lynchage, avant qu'il soit lapidé et achevé d'un coup de bâton. Le Roman pseudo-clémentin (fin du IIe siècle pour sa version la plus ancienne), dans la version latine dite des Reconnaissances, I, 70, attribue également à la foule (et à Paul, avec un bel anachronisme) le lynchage de Jacques. On peut donc soutenir avec une relative certitude que le passage de Josèphe concernant Jacques n'est pas d'origine chrétienne.
           
            Or, que nous dit ce passage ? Que Jacques était surnommé « frère de Jésus appelé Christ ». Voici le passage en question :
« Anan réunit une assemblée de juges et traduisit devant elle le frère de Jésus appelé Christ, du nom de Jacob [Jacques], ainsi que quelques autres, sous l’accusation d’avoir transgressé la Loi, et il les fit lapider. Ceux des habitants de la ville qui semblaient les plus modérés et respectueux de la Loi s’en indignèrent, et ils envoyèrent secrètement demander au roi [le tétrarque Agrippa II) d’enjoindre Anan de ne plus se conduire de la sorte, car déjà auparavant il avait agi hors du droit. »
Ainsi donc, Flavius Josèphe pouvait commodément désigner Jacques par son titre le plus éminent (ou sa qualification la plus notoire), celui de « frère de Jésus » appelé Christ.

            Le passage est connu d'Origène († c. 253), qui le mentionne par deux fois, dans son Commentaire sur Matthieu, X, 17 et dans le Contre Celse, I, 47, tous deux rédigés à Césarée après 232 – alors que l'Alexandrin ne mentionne pas, du moins dans ce qui nous reste de son œuvre très abondante, le passage sur Jésus lui-même, qui eût pourtant constitué un témoignage d'un intérêt exceptionnel : il écrit en effet, dans le même passage du Contre Celse concernant Jacques : « le même auteur, bien que ne croyant pas que Jésus fût le Christ… », ce qui laisse supposer qu'il ignorait le témoignage de Josèphe sur Jésus, du moins dans sa version possiblement interpolée, dans laquelle la messianité de Jésus est nettement affirmée. Cette dernière absence est l'une des causes majeures du rejet par certains du testimonium flavianum, dans lequel ils voient une interpolation postérieure à l'œuvre d'Origène, qui l'ignorerait, mais antérieure à l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, qui le cite (I, 11, 7-8). En revanche, le témoignage de Josèphe sur Jacques est bien attesté chez Origène, et, dans la logique des partisans de l'interpolation du testimonium sur Jésus, il ne saurait être de la même main falsificatrice qu'une interpolation postérieure à Origène : on doit en conséquence accepter l'authenticité du témoignage sur Jacques « frère du Seigneur  » comme antérieure à la supposée interpolation sur Jésus, sauf à voir dans ces deux témoignages l'œuvre de deux interpolateurs différents, à deux époques différentes, l'une, celle sur Jacques (possiblement du IIe siècle, puisqu'Origène y fait allusion) servant à corroborer l'autre, sur Jésus (possiblement du IIIe siècle, puisqu'Eusèbe le cite), qui n'existe pourtant pas encore, ce qui paraît un peu forcé.

la mention de « Christ » chez Tacite

            Le troisième témoignage ancien sur Jésus, en dehors des milieux chrétiens, est celui de Tacite, dans ses Annales, XV, 44, rédigées vers 110. La présence de disciples de Jésus (ou de « Christ ») est attestée à Rome entre 40 et 50 par Suétone, Vie de Claude, XXV, 11 (mention des troubles suscités parmi les Juifs par la propagande chrétienne), et par les Actes des apôtres, 18, 2 (mention de l'expulsion des Juifs de Rome sous Claude, parmi lesquels figure Aquilas, un disciple du Christ). La notice de Tacite, à propos de l'incendie de Rome (an. 64) et de la persécution qui frappa alors la communauté chrétienne, contient également la mention de Christus comme « un homme livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate ». La notice étant très défavorable aux chrétiens, il serait absurde de la supposer interpolée. La source de Tacite pourrait être la fama, qui s'appuierait sur des traditions juives ou chrétiennes, Ponce Pilate n'étant pas procurateur (procurator, epitropοs), mais préfet (praefectus, eparchos) de Judée ; or Flavius Josèphe le qualifie d'epitropos (Guerre des Juifs, II, 169), titre qu'il a conservé dans la tradition chrétienne. Cet anachronisme (l'époque des procurateurs en Judée, qui débute en 44 avec Cuspius Fadius, est postérieure à la mort de Jésus), de fait, peut être d'origine chrétienne, même si l'Évangile de Matthieu emploie le terme générique de hêgemôn, « gouverneur » (Mt 27, 2. 11.15). Quoi qu'il en soit, Tacite avait une bien meilleure connaissance des milieux juifs (cf. le regard très sévère qu'il porte sur leurs usages en Histoires, V, 2-5) que des milieux chrétiens de Rome, et il ne semble pourtant pas avoir ouï dire que ce Jésus, que les Juifs romains rejetaient si violement (cf. Suétone et les Actes des apôtres cités ci-dessus), n’avait jamais existé…


Les preuves négatives

            Je qualifie de « preuves négatives » les arguments qui démentent à l'évidence la thèse de la non-existence de Jésus. Certes, ils tiennent de la vraisemblance plus que de l'évidence, mais il est un point où la plus haute vraisemblance l'emporte largement sur la simple conjecture, voire l'esprit partisan. De quelle nature sont ces preuves ? Elles consistent en un dépouillement et en un examen exhaustif de l'argumentation anti-chrétienne des deux premiers siècles, ou encore des accusations et griefs que suppose leur réfutation, explicite ou implicite, au sein des écrits chrétiens contemporains : conservent-ils la trace d'une mise en doute de l'existence de Jésus en tant que personnage historique ? ou au contraire la supposent-ils ? Or, non seulement il n'y a pas de trace en eux d'un déni de l'existence de Jésus (argument dit ex silentio), mais l'argumentation polémique mise en place par les adversaires du christianisme manifeste sans équivoque l'absence de tout doute en ce qui concerne l'existence du personnage controversé.

la polémique anti-chrétienne, d'origine juive ou « païenne »

            De fait, dans les polémiques qui opposèrent chrétiens, juifs et païens au cours des deux premiers siècles, la thèse d'un Jésus purement mythique n'apparaît nulle part. Bien au contraire, c'est son caractère trop humain qui est mis en avant par les adversaires du christianisme. Certaines affirmations des évangiles sont ainsi contestées avec vigueur : telle, la naissance virginale chez le philosophe païen Celse, vers 170/180 (Celse chez Origène, Contre Celse, Ι, 32, qui dénonce l'adultère de Marie avec un soldat romain nommé Panther), dans la polémique juive (le juif Tryphon chez Justin, Dialogue ave Tryphon, 50, 1 ; 57, 3 ; 63, 1, qui met en doute la naissance virginale) ou dans les écrits talmudiques (par ex. le Talmud de Babylone, Shabbat, 104b, où figure l'accusation d'adultère, voire de prostitution, ancienne dans le judaïsme, comme le confirme Tertullien, Sur les spectacles, 30, faisant parler les Juifs : quaestuariae filius, « fils d'une prostituée »). Est également réfutée l'origine divine des miracles, aussi bien chez Celse (cité par Origène, Contre Celse, I, 6), qui les attribue à la magie, que dans les écrits talmudiques, qui évoquent eux aussi une science magique apprise en Égypte (par ex. Talmud de Jérusalem, Shabbat, 13d).  Est encore dénoncée la réalité de la résurrection, supposée être une substitution du corps du crucifié (accusation réfutée dans l'Évangile de Matthieu, 27, 11-15 ; présente en milieu juif d'après Tertullien, Sur les spectacles, 30). En un mot, la préoccupation majeure des premiers disciples était qu'on vît en « Jésus appelé Christ » un envoyé de Dieu (Lc 13, 36 ; cf. Jn 9, 16), et non un être purement humain auquel la croyance populaire aurait attribué une mission, voire une essence divine. Cela exclut l'hypothèse que leurs adversaires aient pu penser, dire ou écrire qu'il n'avait eu d'autre existence que fantomatique – auquel cas il y aurait eu trace de leurs réponses.

la figure « fantomatique » des gnostiques

            Même le Christ des gnostiques n'a pas ce caractère purement mythique que Michel Onfray supposerait volontiers ; s'ils nient en effet plus ou moins, selon les écoles, la réalité de l'incarnation dans une chair véritable, c'est au profit d'une chair d'une essence supérieure, d'ordre pneumatique, c'est-à-dire spirituelle : ce n'est donc qu'à travers les yeux des polémistes chrétiens que Jésus est pour les gnostiques, pour reprendre une expression de Tertullien, un pur « fantôme  » (Contre Marcion, III, 8 : phantasma).  Car ni Marcion, ni les valentiniens ne nient la réalité terrestre du ministère de Jésus, même si les seconds le dédoublent en un Christ céleste.
            Bref, nulle part parmi les [quasi] contemporains de Jésus, ni parmi les polémistes et autres adversaires ultérieurs, ne se trouve le moindre soupçon sur la réalité d'une existence terrestre de Jésus, alors que l'on trouve chez eux d'autres accusations dénuées de toute complaisance, que les auteurs chrétiens avaient tout autant de raisons de bannir ou d'expurger des écrits polémiques anti-chrétiens dont il nous reste des bribes (Celse, Fronton, Porphyre, Hiéroclès, Julien).

Un argument nouveau : la malédiction du « pendu »

         Reste un ultime argument, sans doute le plus puissant. La Torah contient une malédiction portée contre les pendus (Dt 21, 23) ; or la crucifixion était alors assimilée à une pendaison (Ac 5, 30 ; 10, 39), ce qui faisait du Christ prétendu un être maudit par Dieu (Gal 3, 13 ; le juif Tryphon chez Justin, Dialogue, 32, 1). Il est donc impensable que des Juifs (tels que l'étaient les premiers disciples de Jésus) aient pu forger le mythe d'un Messie « pendu » au bois de la croix, quand l'attente était celle d'un Messie royal ou sacerdotal. C'eût été pousser un peu loin le défi (cf. 1 Co 1, 23). C'est au contraire la réalité de sa « pendaison » qui a entraîné la justification paradoxale de la croix (et de son ignominie) comme instrument de salut voulu par Dieu. Quant à l'existence de « preuves tangibles » (inscriptions d'époque, documents officiels comme les actes de son procès, découverte de son tombeau…), elle sentirait plus aisément la falsification que leur absence, qui, en pareil domaine, n'est absolument pas significative, sauf à faire preuve d'un esprit partisan. 

            Bernard Pouderon







[1] « La civilisation judéo-chrétienne se construit sur une fiction : celle d’un Jésus n’ayant jamais eu d’autre existence qu’allégorique, métaphorique, symbolique, mythologique. Il n’existe de ce personnage aucune preuve tangible en son temps […]. » Michel Onfray, Décadence, éd. Flammarion, 2017, p. 45.

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